
Les copains,
Être autiste Asperger, c’est comme vivre avec un système d’exploitation iOS dans un monde qui tourne majoritairement sous Windows. On s’adapte, on s’ajuste, on apprend à parler le langage des autres… mais parfois, l’adaptation demande tellement d’énergie que le système finit par planter. Pas par caprice, juste parce qu’il n’y a plus de batterie. C’est ce qu’on appelle un meltdown ( explosion ) ou un shutdown ( implosion ). Et oui, je connais bien les deux. Trop bien, même.
Le syndrome d’Asperger, c’est quoi en fait ?
C’est un mot, un diagnostic, mais surtout une clé de lecture. Le syndrome d’Asperger, c’est une façon particulière de fonctionner : un cerveau qui carbure à plein régime sur les détails, la logique, les passions… et qui bugge souvent sur le social, l’implicite, les imprévus. On est souvent verbal, curieux, créatif, mais en même temps hypersensible, rigide dans nos routines, avec une gestion émotionnelle très… comment dire ? Rock’n’roll.
Longtemps, j’ai cru que j’étais “trop bizarre”, “trop différente”, “trop sensible”. Aujourd’hui je sais que je suis juste autiste, avec un mode d’emploi un peu spécial. Et dans ce mode d’emploi, il y a une page qu’on devrait lire à voix haute dans toutes les écoles et les entreprises : celle qui parle des crises autistiques.
Meltdown : quand je n’en peux plus, ça explose
Un meltdown, c’est quand le cerveau déborde. C’est un peu comme si tous les bruits, les émotions, les attentes sociales, les lumières, les contrariétés s’étaient empilés en moi toute la journée… jusqu’à ce que… BOUM. Trop, c’est trop !
Chez moi, ça peut ressembler à :
- des larmes qui coulent sans prévenir,
- un cri ou une colère qui sort plus vite que mon ombre,
- une envie de tout jeter ( les objets, les mots, les bras en l’air… ),
- ou parfois juste un besoin vital de fuir, n’importe où, loin.
Non, je ne choisis pas d’agir ainsi. Je perds le contrôle, et ce n’est pas une figure de style. C’est littéralement un court-circuit émotionnel. Ce n’est pas une colère. C’est une alarme incendie que mon corps déclenche pour ne pas imploser.
Shutdown : quand je me coupe du monde
À l’inverse, un shutdown, c’est quand le système se met en veille. Plus rien ne sort. Les mots s’évaporent. Je me fige. Je me recroqueville. Je me déconnecte. On dirait que je “boude” ou que je suis “ailleurs”, mais en réalité je suis en mode survie.
Parfois, même penser devient difficile. J’entends les gens parler autour de moi, mais je ne peux plus répondre. C’est comme si le monde devenait flou et trop fort. Alors mon cerveau dit : « Stop. On se tait. On attend. » Et il coupe la lumière. Jusqu’à ce que ça passe.
Le masque Asperger : illusion et prix fort
Quand on est Asperger, surtout verbal et “fonctionnel”, on apprend vite à jouer un rôle. À faire bonne figure, à sourire quand il faut, à faire semblant de tout comprendre. On appelle ça le masquage. C’est un art, mais c’est aussi épuisant.
J’ai longtemps masqué si bien que personne ne voyait mes souffrances intérieures. On me félicitait pour mon calme. En réalité, j’étais un volcan silencieux, et quand je rentrais chez moi, je sombrais dans un shutdown prolongé, pendant des jours. Invisible. Insoupçonné.
Ce qui déclenche le disjoncteur ?
Chaque personne autiste a ses sensibilités. Voici mes déclencheurs fréquents – peut-être que certains te parleront :
- Trop de bruit, trop de lumière, trop de monde… → surcharge sensorielle.
- Une journée remplie de sourires forcés → surcharge sociale.
- Une suite d’imprévus → perte de repères.
- Trop d’émotions accumulées → fuite en avant jusqu’à l’explosion.
- Devoir “faire comme si tout allait bien” → usure du masque.
Parfois, ce n’est même pas un gros événement. Parfois, c’est juste la dernière goutte : une phrase maladroite, un mail de trop, une sonnerie stridente. Et tout déraille.
Et après ? On se relève comment ?
Après une crise, je suis vidée. Mon corps est en miettes. Ma tête flotte. Mon cœur est triste. Parfois j’ai honte. Parfois je pleure encore. Et parfois, je me relève en me disant :
« Ce n’est pas une défaite. C’est une alarme qui a fonctionné. C’est ton corps qui t’a protégé. »
C’est important de le dire : ce n’est pas une faiblesse, c’est un mécanisme de survie. Mon cerveau m’a crié stop. Et je l’écoute de mieux en mieux.
Mes stratégies pour prévenir les crashs
Avec le temps, j’ai appris à mieux m’écouter. À détecter les signes avant-coureurs. À respecter mon rythme. Voici quelques outils concrets qui m’aident :
- Les pauses solitaires : m’isoler un moment pour me recharger.
- Mon casque anti-bruit : mon armure sensorielle.
- Les routines claires : me rassurer avec ce qui ne change pas.
- Dire non : ( même si ça ne plaît pas ).
- Écrire au lieu de parler, quand je sens que les mots se bloquent.
- Demander de l’aide avant que ça déborde.
- Prévenir mon entourage : « Si je me fige, ce n’est pas contre toi. C’est que je me protège. »
Et si on changeait le regard ?
Je rêve d’un monde où on dirait à une personne autiste en crise :
« Tu fais de ton mieux. Tu as le droit d’être comme tu es. Que puis-je faire pour t’aider à te sentir en sécurité ? »
Ce serait beau, non ? Un monde qui comprend que les meltdowns et shutdowns ne sont pas des caprices, mais des saturations d’un système magnifique, ultra-perceptif, ultra-vivant, mais parfois débordé.
Ce que je retiens de tout cela ?
Je ne suis pas bizarre, je suis différent·e. J’apprends à danser avec mes tempêtes. Parfois je trébuche, parfois je brille. Et même quand je m’effondre, ce n’est pas la fin. C’est juste un signal. Et j’ai appris à l’écouter. Parce que je suis autiste. Et ma différence est aussi ma force.
C’était Katia en direct du JDA’Girl News !
Image Katia – Journal d’une Asper’Girl









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