
Les copains,
Quand j’étais adolescente, je ne ressemblais pas vraiment aux autres. En vérité je te le dis, je ne cherchais pas non plus à leur ressembler. Mon univers était déjà bien à moi et c’était déjà pas si mal car je peux te dire que la vie en tant qu’Aspie, ce n’est pas de tout repos. Et puis, rappelle-toi qu’à l’époque de mes 15 ans, j’étais à mille lieues de le savoir, et l’autisme, on n’en parlait pas.
J’avais du mal à aller vers les autres, ça c’est sûr. Pas par manque d’envie, mais parce que les codes sociaux semblaient appartenir à un langage parallèle que je n’avais jamais appris. J’étais une Asperger masquée à une époque où le mot n’existait pas dans mon entourage, mais où mes différences étaient bien réelles. J’étais là, présente, vive, intense… mais comme à travers une vitre. Et oui le regard des autres était lourd, lourd ! Je me pensais véritablement nulle à ch…
Mon style vestimentaire par contre, je l’ai acquis à peine posée sur mes guiboles, imposant à ma mère de m’acheter une paire de Kickers vertes alors que j’avais tout juste deux ans. Ben quoi les copains, avoue qu’on est bien dans ces shoes qui laissent les doigts de pieds respirer le grand air. Il ne fallait pas non plus m’imposer des ballerines Repetto car je les aurais tout bonnement balancées par la fenêtre.
Plus tard, mes Doc Martens martelaient les pavés avec assurance, assorties à ma jupe patineuse qui tournoyait comme mes pensées. Je choisissais mes vêtements comme on compose une toile : avec instinct, avec flair, avec une pointe d’audace. Je n’avais pas peur d’être différente, je l’étais, de toute façon, alors autant assumer malgré la rudesse du regard des autres.
D’ailleurs, si les ordinateurs et les réseaux sociaux avaient été là, je crois que ma vie aurait été plus simple. Écrire derrière un écran, échanger sans avoir à supporter les regards… cela m’aurait libérée. Toutefois, je communiquais autrement, et l’art était mon refuge, mon langage à moi. Il m’a tenue debout quand tout était flou autour. Et je crois que je le savais déjà, à cet âge incertain, que je ne pourrais pas vivre autrement. J’étais faite pour les Beaux-Arts, alors… en route !
Aujourd’hui, avec le recul, je regarde cette adolescente que j’étais avec tendresse. Elle marchait seule, peut-être, mais elle marchait droit. Elle portait en elle une singularité intérieure que peu de gens voyaient. Elle ne rentrait dans aucune case, mais elle dessinait déjà les siennes.
Et à bien y penser, c’était peut-être ça, sa plus belle œuvre d’art.
C’était Katia en direct du JDA’Girl News !
Illustration créée par Katia – Journal d’une Asper’Girl









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